Comment choisir un bon éducateur comportementaliste ? 

C’est une question à laquelle j’aimerais pouvoir répondre simplement, malheureusement l’état des choses ne me le permet pas. La situation est telle qu’il en vient de la responsabilité de chacun que de se renseigner au maximum pour être accompagné au mieux et ne pas attendre que les informations viennent à vous : je vous explique pourquoi ! 

 

En premier lieu, il est important de savoir faire la différence éducateur et comportementaliste canin (bien que d’autres appellations existent). 

Brièvement, un éducateur a pour vocation d’entraîner un chien à effectuer une tâche spécifique alors qu’un comportementaliste est formé dans le modelage des comportements, pour comprendre et  guider dans le travail à la rééducation.

Ces deux métiers sont complémentaires, c’est pourquoi beaucoup sont formés aux deux ; mais beaucoup, ce n’est pas tous. C’est la première chose à laquelle il faut être vigilant pour faire appel à un professionnel formé pour répondre à vos besoins. 

 

On en vient donc au deuxième point important à savoir, ces titres ne sont pas protégés. Aucune loi aujourd’hui en France ne dicte ce qui définit un éducateur / comportementaliste. C’est en partie ce qui fait que si vous cherchez un pro dans ce domaine, il faut vous renseigner : car on y trouve du pire comme du meilleur. Vous n’avez donc aucune garantie, n’importe qui peut se déclarer éducateur ou comportementaliste canin.

Ce qui est obligatoire pour pouvoir travailler auprès d’animaux c’est l’ACACED, une formation de 2 jours et demi, qui porte bien plus sur le côté législatif et qui, en fonction du lieu de formation, apporte de maigres connaissances en comportement ou éducation… qui encore une fois en fonction de l’organisme de formation, ne sont pas forcément à jour.

 

Mais alors, comment faire ? Panique celtique ! 

 

Les clés c’est… se retrousser les manches et chercher. 

Pour commencer, sachez qu’il y a plusieurs courant dans l’éducation, globalement, je vous l’explique ici dans cet article concernant le renforcement et la punition.

https://www.psychopaws.fr/recompensepunition

Entre les méthodes dites positives et les méthodes dites traditionnelles (et la loterie au milieu), c’est à vous de choisir dans quoi vous souhaitez vous inscrire, ce avec quoi vous vous sentez le plus en accord. 

Cynotopia explique plutôt bien ce qu’est l’éducation positive, ici et ici

 

Une fois que vous êtes au clair avec ce que vous souhaitez, cherchez un professionnel qui aille en ce sens. 

 

Pour se faire, soyez attentifs à plusieurs choses, quoi que vous recherchiez. 

 

  1. Ne pas se faire berner par la com géniale que certain(e)s peuvent avoir. Un joli site, un compte instagram populaire, de jolis mots… Fiez-vous aux actes, et non aux mots. Ce qui vous permet de vous faire une idée seront les incohérences. Préférez observer les vidéos aux photos, et vous fiez aux formations plutôt qu’aux dires. Quelles formations, dans quel domaine, auprès de quel organisme, à quelle fréquence ? Un professionnel compétent, quel qu’il soit, se forme régulièrement sur plusieurs thèmes. Si son argument est ’j’ai 20 ans d’expérience’’… filez lire ça : https://www.psychopaws.fr/20ansdexperience

  2. La transparence. Normalement, tout bon professionnel affiche honnêtement son ‘’CV’’ ; ses formations, son parcours. Vous devez pouvoir connaître la personne pour ensuite vous fier à elle. Et quand cela n’apparait pas, ou qu’il faut faire 489 clics pour tomber dessus, c’est étrange. Quelque part, vous devriez pouvoir vous rendre compte du travail qu’il ou elle fait ; ce qui se fait réellement, comment, quelles sont ses méthodes, il ou elle doit pouvoir en parler sereinement, expliquer pourquoi… l’idée n’est pas de se justifier mais si un pro est au clair avec soi-même, avec son travail et ses valeurs, il doit pouvoir en discuter afin d’entamer un travail sur des bases saines. 

  3. L’échange doit être fluide. Oui, le travail que vous allez commencer avec ce pro va être un échange entre vos difficultés, ses conseils, vos questions, ses réponses… En toute logique, si cette personne travaille dans la bienveillance avec les chiens, il doit faire de même avec l’humain. Si on continue sur cette logique, vous devriez pouvoir poser toutes les questions qui vous viennent à ce professionnel en qui vous placez votre confiance : pourquoi ? comment ? des alternatives ? 
    Nous ne sommes pas des magiciens. Ce que nous avançons, nous le faisons parce que nos dires sont appuyés sur des études qui prouvent qu’aujourd’hui, nous pouvons dire cela. Si le pro est formé et cohérent, il n’aura aucun problème donc de vous expliquer pourquoi, comment et dans quelle mesure… Un pro au clair avec ses méthodes n’aura pas peur de vous expliquer les alternatives sans les dénigrer. Personnellement, je m’inscris dans des méthodes dites positives, et quand (souvent) des clients me demandent pourquoi je ne suis pas en accord avec les conseils d’éducation traditionnelle qu’on leur a donné, je leur explique calmement les fonctionnements comportementaux derrière qui expliquent pourquoi je ne suis pas en accord. 


La vérité, c’est que travailler auprès d’êtres vivants demande d’être sans cesse dans la remise en question. Si vous avez un chien, un chat, des enfants… vous le savez ! Les remises en questions sont quotidiennes. Et elle demande de l’ouverture d’esprit. Alors si vous questionnez un professionnel sur ses méthodes, et qu’il se braque, ou ne trouve comme réponse que le dénigrement sans explications de ce qui se fait ailleurs ; qu’en retirez-vous sur son ouverture d’esprit ? sa capacité de remise en question ? S’il réagit ainsi à une ‘’simple’’ frustration, quel lien peut-il être fait avec l’éducation qu’il prône ? 

Attention, je ne dis pas qu’un bon pro est arrivé à un stade de développement spirituel supérieur, loin de là. Ni même que votre éducateur comportementaliste doit être votre ami, là n’est pas la question. Je dis simplement que si on est au clair professionnellement, cela se ressens dans le positionnement, et que si notre travail est un travail d’équipe il faut pouvoir se sentir en confiance dans les échanges. C’est important de ne pas oublier que le travail qui va être entamé est un travail en binôme, ce  n’est pas que le pro qui travaille ! C’est un échange qui va s’opérer, vous êtes la personne qui vit au quotidien avec votre chien et votre parole compte : elle doit être entendu et même demandée.  

 

4.         Dis-moi avec qui tu vas, je te dirais qui tu es ! N’hésitez pas à regarder : ce pro travaille dans quel centre ? avec quelle association ? avec quels autres professionnels ? Où est-il engagé ? Qu’organise-t-il ? Par exemple, si vous cherchez un pro en positif et que ce pro travaille dans un centre où vous voyez des photos de colliers étrangleurs, colliers électriques ou a pics… c’est une incohérence qui en dit long ! 

 

5.         Soyez attentifs à vos ressentis. Si les animaux nous apportent tant de choses, il en est une qui soit la reconnexion à notre instinct. 

Le travail comportemental ne se fait pas uniquement sur le chien, ni uniquement sur l’humain, mais bien auprès du binôme chien-humain. Il faut donc que vous soyez, au même titre que votre chien, à l’aise avec la personne qui vous accompagnera dans vos difficultés. 

Si quelque chose vous froisse, vous touche de manière importante, prenez le temps de mettre la main dessus. Cela pourrait vous permettre de vous sauver de situations bien désagréables… Malheureusement j’ai eu de TRES NOMBREUX retours comme : ‘’ Le premier jour, mon chiot l’a mordillé, il lui a mordu l’oreille ‘’ ; ‘’ je l’ai vu retourner un chien qui aboyait sur le dos, c’était si violent ‘’ ; ‘’ dès la première séance, j’étais mal à l’aise ‘’ ; ‘’ J’osais pas parler, ou demander ‘’ ; ‘’ je trouvais ça bizarre, je ne sais pas pourquoi on faisait ça, je trouvais pas ça très sympa pour mon Kiki ‘’ ; ‘’ Je sentais qu’un truc clochait et quand on rentrait ou sur le terrain, Kiki etait pas bien ‘’… 

Toutes ces personnes ont RESSENTIS ce malaise, cet instinct qui disait : file ! Va-t’en !  Mais n’ont pas pu partir, dire non, je ne suis pas d’accord, je ne veux pas. Hund explique bien ici https://hund.fr/actualites/arreter-un-professionnel/138/ l’idée d’arrêter un professionnel quand on en ressent le besoin. 

L’idée n’est pas de stigmatiser les victimes, (parce que pour moi, quand on est ainsi prisonnier d’une situation, on est victime de malveillance) mais de partager avec vous quelques armes pour vous protéger. 

J’en profite pour placer ici que si vous sentez qu’un conseil vous questionne ; cherchez. Demandez à votre pro et si ce n’est pas possible demandez-vous pourquoi… et regardez sur internet, demandez l’avis d’un autre professionnel, regardez ce qui se fait autour et comment… Votre meilleure arme sera d’être acteur de votre travail !

 

De même (et pour finir ce point), un indicateur plutôt parlant est celui de la manière dont le pro s’adresse à vous. Oui, comment s’adresse-t-il à vous ? Il est plutôt aisé, quand on reprend des phrases ou des échanges, de se rendre compte si la personne en face est dans une optique constructive (mettre en avant nos points forts, proposer des ouvertures et des aides pour nos points faibles) pour pouvoir apprendre et s’améliorer dans des conditions agréables, ou si l’échange se base sur un dénigrement, le plus subtil soit-il, mais qui à terme nous fait perdre confiance en nous. Par exemple : tu n’es pas assez dur, pas assez ferme avec lui, tu es trop gentil(le) ça ne peut pas aller comme ça, vas’y plus fort, ta voix est vraiment trop douce, tu fais n’importe quoi, tu vas droit dans le mur, si t’es pas capable de (…) alors (…), tiens-le mieux,  ou des moqueries en tout genre, ou lever la voix sur vous, ou dire que si vous n’êtes pas (…) ce n’est pas la peine…  

Ce type d’échange est nocif à terme (et même immédiatement), et la plupart du temps ne met personne à l’aise. Sauf que si vous n’êtes pas à l’aise, ce n’est peut-être pas le bon environnement pour progresser. 

 

 

Donc pour résumer tout cela, mon conseil serait : dans un premier temps, de regarder le site internet – les réseaux sociaux du professionnel qui nous intéresse, de farfouiller un peu sur ses articles, ses formations, les retours… si tout vous semble cohérent, prendre un premier contact qui permet de prendre la température, vous aurez les premières impressions sur le premier échange. Pourquoi pas assister à un cours collectif en tant que spectateur par la suite, sans chien, pour vous faire une idée ? Puis, si tout vous semble cohérent, motivant, que vous êtes à l’aise : go ! Et surtout, de vous sentir libre de mettre fin à la collaboration si à un moment, vous ne vous sentez plus à l’aise dans le travail ensemble.

 

 

 

Pour vous aider, vous pouvez vous aidez d’organismes tels que : 

LA TEAM CAP DOG qui recense les éducateurs et comportementalistes canins en positif à travers la France en fonction de leur secteur géographique 

Le réseau VOX ANIMAE qui forme des éducateurs et comportementalistes en positif et tient une carte de leurs élèves 

LE CHIEN MON AMI un mouvement associatif dédié au bien-être du chien 

Le MFEC, mouvement francophone des éducateurs canins 

Ou, si vous connaissez un professionnel en qui vous avez toute confiance mais qui n’intervient pas sur votre secteur : lui demander ses recommandations ?

 

 

 

J’espère sincèrement que cet article vous apportera des informations utiles ou qu’il vous aidera à pouvoir mieux choisir le professionnel qui vous accompagnera. 

 

Choisir un éducateur comportementaliste n’est pas une tâche aisée, j’en ai conscience pour être passée par là aussi ; peut-être ai-je rédigé ces lignes en me demandant ce que j’aurais aimé savoir, à cette époque ? 

Quoi qu’il en soit ; il n’est jamais trop tard pour changer, pour s’écouter, pour prendre une décision qui soit plus respectueuse pour vous et pour votre chien. Vous êtes votre priorité !